Françoise Grassa, DRH : «Libérer la parole est toujours enrichissant»

Françoise Grassa

« Durant plus de vingt ans, nous avons tué l’initiative au profit de process purement verticaux. »

Riche de son expérience de DRH au sein du groupe SAMSE jusqu’en juillet 2016, Françoise Grassa participera aux Rencontres MET, les 10 et 11 octobre 2016 à Lyon. Favorable à de nombreuses pratiques développées dans les entreprises libérées, elle s’interroge sur la généralisation d’un tel modèle.

Quel regard portez-vous sur le phénomène des entreprises libérées ?

Tout ce qui renforce l’implication des salariés est à encourager. Davantage que d’entreprises «libérées», je parlerais d’entreprises «libérantes» qui redonnent au collaborateur la capacité de discuter, de proposer des solutions.
Le groupe SAMSE a mené l’expérience, au niveau de ses points de vente, impliquant au total jusqu’à 3.000 salariés. Les échanges ont conduit à des plans d’actions qui sont mis en œuvre. L’impact est très positif.
D’ailleurs d’autres entreprises, quelque soit leur taille, font évoluer leur méthode de management. Elles sont souvent animées par des dirigeants particulièrement entraînants. Il serait intéressant de voir, d’ailleurs, comment évoluent ces structures, lorsque les dirigeants en question changent.

Néanmoins cette tendance répond à un réel besoin des entreprises.

Oui, car durant plus de vingt ans, nous avons tué l’initiative au profit de process purement verticaux. L’apparition de l’ISO a contraint les équipes à suivre des procédures formalisées et non contestables. Dans ces entreprises, il devenait difficile de proposer d’autres modalités. C’était très dommageable et cela a réduit les échanges transversaux, en particulier pour résoudre les problèmes. Avant même cela, certains patrons savaient descendre dans les ateliers et prendre le pouls et échanger avec leurs équipes. Cela renforçait aussi le sentiment de reconnaissance des collaborateurs. Ces usages se sont perdus, tandis que le financier prenait le pas sur des gestions plus patrimoniales. C’est donc le retour à un certain équilibre.

Comment réagissent les équipes lors que des dirigeants entament ce processus de libération ?

Pour certains collaborateurs c’est la satisfaction d’une demande déjà exprimée : prendre la parole et s’impliquer. D’autres ne se sentent pas concernés au départ, et agissent comme des « suiveurs » jusqu’à ce qu’ils y prennent goût. La plupart des salariés aiment savoir « pourquoi » ils accomplissent les tâches demandées et manifestent beaucoup de bonne volonté. Les jeunes générations sont encore plus à l’aise avec ces logiques de participation.
Libérer la parole est toujours enrichissant, mais dans le cadre d’une entreprise privée, tous les sujets ne peuvent pas être ainsi soumis au débat et certaines décisions s’imposent forcément de façon hiérarchique.

Propos recueillis par François-Olivier Louail (Agence Hikayat)

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