Jean-Yves Juban, enseignant-chercheur : «Les entreprises libérées vont-elles au bout de leur logique ?»

Jean-Yves Juban

« Au sein des SCOP, Les assemblées générales sont parfois houleuses, mais la transparence est garantie et le pouvoir ne peut pas être confisqué ! »

Jean-Yves Juban, Directeur de l’IUT de Valence  participera à une table ronde sur l’entreprise libérée, lors des prochaines Rencontres MET. Il consacre l’essentiel de ses recherches aux SCOP (Sociétés coopératives et participatives) et nous livre son sentiment sur ces nouvelles formes de management.

Les entreprises libérées sont parfois qualifiées de pur objet médiatique.

C’est injuste, on ne peut ignorer les travaux d’Isaac Getz sur le sujet et les expériences très convaincantes observées à travers le territoire. A ce stade, il est nécessaire de mener davantage d’enquêtes pour mieux appréhender le phénomène et faire le tri dans une grande diversité de pratiques. Dans certains cas, la « libération » n’est qu’un prétexte pour éliminer des cadres intermédiaires et peut être source de conflit social, plutôt que de bien-être pour les travailleurs.
Et puis la relation entre bien-être au travail et performance n’est pas non plus une découverte absolue. Les premières théories d’Elton Mayo sur le sujet remontent à 1934 et celles de Douglas Mc Gregor datent des années 60.

Cette approche vous semble-t-elle pertinente ?

«Libérer» l’entreprise ne résout pas l’opposition entre les intérêts des différentes parties prenantes, en particulier entre salariés et actionnaires. Sans ouverture du capital, les entreprises libérées vont-elles au bout de leur logique ? Certaines démarches peuvent se révéler finalement assez superficielles.

En quoi les SCOP (société coopératives et participatives) se différencient-elles des autres entreprises ?

Précisément, le statut de SCOP ou de SCIC (société coopératives d’intérêt collectif) imposent une ouverture du capital aux salariés qui doivent être majoritaires, et parfois à d’autres parties prenantes telles que les clients ou des collectivités publiques. Le droit de vote au sein des instances de décision n’est pas lié au capital investi, ce qui ouvre véritablement le débat sur les objectifs de l’entreprise et sur l’organisation qui en découle : temps de travail, répartition des responsabilités, etc. Les assemblées générales sont parfois houleuses, mais la transparence est garantie et le pouvoir ne peut pas être confisqué !

Ce modèle est-il en développement ?

Il ne représente encore que 2% des effectifs salariés en France, mais gagne les secteurs les plus variés, soit dans le cadre de création d’activité ou lors de transformation d’entreprise : transmission ou reprise de société en difficulté.
J’ai observé plusieurs cas de transformation, c’est un réel bouleversement pour les différents protagonistes et cela heurte notre culture hiérarchique. Les dirigeants doivent accepter la contradiction, la discussion. Cela participe au renouvellement des modes de direction : gérances tournantes, partagées, etc. Bref, c’est un réel changement de perspective.

Propos recueillis par François-Olivier Louail (Agence Hikayat)

©Rencontres MET - mentions légales - Facebook - Twitter