L’ultime refuge de l’Humanité

Intelligence artificielle

La digue de la créativité cède face aux progrès de la robotique. Pas celle de l’originalité et de l’émotion.

Entendez-vous dans nos campagnes (électorales) mugir ces féroces candidats ? Ils viennent jusque dans nos oreilles nous parler du travail comme si «demain» allait ressembler à «aujourd’hui» avec seulement le numéro de l’I-phone qui change.
Le travail : denrée rare, tout le monde en convient. Coûteux pour l’employeur ou aliénant pour l’employé ? La diversité des points de vue est permise. Mais cela n’épuise pas le sujet et omet surtout la transformation profonde que traverse notre système productif.
Nous l’avons déjà évoqué ici, un éclairage nous est à nouveau apporté par Brice Couturier sur France Culture. La révolution industrielle qui se joue annonce sans doute un retour des productions à proximité des consommateurs, mais avec moins de travailleurs et en priorité des travailleurs qualifiés.
Mais de quelle qualification parle-t-on ? La force physique ? Dépassée depuis des décennies par le moteur et la puissance mécanique. La précision ? On ne rivalise pas avec un Laser. Le calcul logique ? L’intelligence artificielle progresse de jour en jour. La digue de la créativité et de l’invention semble à son tour en train de céder, face à de surprenants algorithmes.
Au fond, il n’y a guère que l’Humanité, cet ultime refuge, qui ne sera jamais déléguée à une machine. Un robot peut exceller dans un geste chirurgical. De là à tisser une relation conjuguant écoute, empathie, humour parfois… comme se l’autorise un bon chirurgien.
Idem pour les métiers créatifs. L’intelligence artificielle excelle dans le champ qu’on lui délimite. Sait-elle en sortir ? Recréer un titre des Beatles, la belle affaire ! Mais l’apport des Beatles n’est pas d’avoir décliné un style musical qui leur était donné. C’est au contraire d’avoir imposé leur propre son, à un moment où rien d’équivalent n’existait. L’audace de l’invention, de la transgression avec le connu, la licence poétique qui arrache un sourire… Notre originalité a encore de beaux jours devant elle.
Rapporté au champ du domaine productif : médecins, ingénieurs, publicitaires, scénaristes n’auront leur place que dans des structures mettant en valeur leur inventivité réelle, leur capacité à créer de l’inédit, de l’émotion, du sens.
Le bien-être au travail n’est pas une marotte de quelques directions sociales ou en quête d’une solide «marque employeur». C’est l’unique opportunité de cultiver les qualités intrinsèques de notre humanité, puisque les robots, peu à peu, nous confisquent tous nos autres savoir-faire.

François-Olivier Louail (Agence Hikayat)

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